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Le fabuleux destin de Gérard Bru dans Chefs d’Oc

Le magazine « Gastronomie et Art de vivre à Montpellier » Chefs D’Oc a consacré un article sur 4 pages à Gérard Bru, créateur de Puech Haut pour son second numéro.

« Est-ce que je suis fou ? Je laisse les autres en juger. Mais quand j’ai un rêve, je vais au bout ! » Gérard bru, le cigare jamais loin de la bouche, est un phénomène. À 68 ans, cet homme à la carrure de rugbyman porte le Domaine Puech Haut, à Saint-Drézéry. Un des fleurons du vin en Languedoc, qu’il a façonné avec une détermination de tous les instants.

L’épopée débute il y a 38 ans. Gérard Bru, natif de Montpellier, a réussi dans l’industrie. Alors que sa société atteint le seuil de 500 salariés, le trentenaire a des envies de retour à la terre. « J’ai passé toute mon enfance à l’école d’agriculture de Montpellier, où travaillait mon père. À l’époque, c’était une grosse propriété, où il y avait des vignes, des vaches, des chèvres… On a toujours envie de reproduire une part de son enfance ! »

Il rachète une propriété vierge de 30 hectares, entre oliviers et garrigues.

« Il n’y avait ni vigne, ni bâtiment. » Or son objectif, c’est bien de faire du vin, comme son grand-père. Et si possible, du vin de qualité. Une idée alors peu répandue dans le Languedoc. « On ne fait pas de tels sacrifices pour faire de mauvais vins ! »

Gérard Bru dans Chefs d'Oc

DES INFLUENCES DE CÔTE-RÔTIE

Au départ, son père l’accompagne, en travaillant sur place. « La première année, on a planté 25 hectares ! J’étais un peu fou. Je bichonnais beaucoup les plants. » La production est fournie à la coopérative du village. G2RARD bru continue à diriger son entreprise, tout en suivant les opérations de près. « Mon père m’a donné un grand coup de main. Quand on n’est pas expert, il faut savoir s’entourer, écouter les conseils appropriés. »

La coopérative ferme ses portes, et le nouveau vigneron que dit que le moment est peut-être venu de créer ses propres bouteilles. Il s’attache les services d’Yves Gruvel pour la vinification, et confie le soin des vignes à Augustin Richart. Les plantations de vignes sont alors régulières, en respectant le cahier des charges de A.O.C. Pour les rouges, ce sera donc syrah, grenache et mourvèdre. « Avec une prédominance de syrah. J’aime bien les vins de la Côte-Rôtie, qui s’appuient beaucoup sur ce cépage. Je voulais m’inspirer de leur travail. Faire des vins de qualité, très charpentés, avec moins d’acidité. Des vins du Sud ! » Pour le blanc, les cépages sont à base de roussanne, marsanne et viognier.

En 1994, le domaine lance sa première cuvée, en blanc et rouge. « On a dû tout apprendre par nous-mêmes. » Le domaine sollicite même pendant 10 ans l’aide du bordelais Michel Rolland, alors « meilleur œnologue du monde ».

Les premières cuvées ne dépassent pas les 30 000 bouteilles. Mais la production va vite décoller. « Au départ, notre politique était plutôt de commercialiser en France. Mais notre organisation commerciale a évolué avec le niveau de production. On ne diffuse pas de la même façon 30 000 et 500 000 bouteilles ! »

Pour structurer le domaine, il faut construire. Gérard Bru, qui a vendu son entreprise à ses 45 ans pour basculer dans la vigne pour de bon, a une stratégie plutôt originale : acheter des bâtiments, et les ramener sur place, pierre par pierre. Il mélange ainsi une aile de la prefecture de Montpellier, vouée à la destructionlors de sa modernisation, une banque Dupuy de Parseval, une caserne de pompiers, une vieille tour de Saint-Laurent-d’Aigouze…  « On construisait bien des églises à partir d’anciens temples romains », sourit-il. Au final, on a du mal à imaginer que c’était un terrain vierge jusque dans les années 80 !

En à peine plus de 20 ans, Puech-Haut va dépasser le million de bouteilles et atteindre 180 hectares de vignobles, répartis sur trois secteurs : le domaine historique, une propriété en Pic-Saint-Loup, et récemment une exploitation bio à Saint-Christol.

Gérard Bru n’a pas toutes les dates de l’histoire en tête. Mais peu lui importe, en fait.  « On fait les choses en marchant., au fil des idées, des besoins et des inspirations. Je n’ai jamais rien  programmé, j’avance à mon rythme. Comme avec un enfant, je n’ai pas vu le domaine grandir. Je ne vis pas avec un  rétroviseur ! »

Tout de même, il mentionne une année déterminante. 2005, le début de l’aventure du rosé.  « On voulait faire un rosé de qualité, conforma à l’esprit du domaine.» Encore un pari, alors que le rosé n’est pas encore à la mode. « Il faut être précis, aller vite. Tout se joue en quelques mois ! » Mais pari gagnant : désormais, Puech Haut produit 50% de rosé, pour 45% de rouge et 5% de blanc !

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PUISSANCE ET CARACTÈRE

Sa fierté, c’est de voir ses vins sur les cartes de nombreux restaurateurs. « On est toujours surprise de trouver ses vins dans des lieux inattendus. Je crois que nous avonsune bonne reputation. Ils ne sont pas les meilleurs des meilleurs, mais c’est une valeur sure ! »

Une valeur sure qui s’exporte désormais à 30% à l’étranger. Notamment en Chine, où Gérard Bru était déjà un pionnier dans sa vie d’industriel. Le domaine est désormais salué par la critique (plusieurs vins sont très bien notes par le severe guide Parker). « Le plus difficile dans le vin, c’est de garder son âme. » C’est quoi l’âme d’un Puech Haut ? « Des vins à l’image de leur propriétaire : puissants, affirmés, avec un sacré caractère ! » Des vins de garde, mais prêts à boire. « Un bon vin, il est bon tout de suite. À force de dire que c’est trop tôt pour boire une bouteille, un jour, c’est trop tard ! Le plaisir du vin, c’est quand on en a envie ! »

Et surprise : s’il propose deux cuvees (Prestige et Tête de Bélier), c’est la Prestige, la plus accessible, qu’il préfère. En rouge ? « Plus jeune, on préfère souvent la puissance du rouge. Mais avec le temps, les gouts évoluent, s’adoucissent. Je suis de plus en plus porté su rle rosé et le blanc. »

Des vins qui se découvrent toute l’année au domaine. « On veut vraiment que les gens se sentient bien accueillis. Ils peuvent visiter la cave, les vignes. On n’a rien à cacher ! Notre plus grande satisfaction, c’est de voir les clients repartir conquis. Le vin, c’est le monde du plaisir. » Sur place, on pourra découvrir les dernières “folies” de Gérard Bru. Ces 140 toneaux peints par des artistes. Et surtout, l’immanquable barrique géante, 12 mètres de long et 6 mètres de haut, où le viticulteur reçoit des groupes ! « C’est la plus grande barrique du monde. Elle a été produite à Millau, à partir de 18 tonnes de chêne ! » Mais pour quoi faire ?        « Pour s’amuser ! J’ai d’autres projets encore plus fous qui pourraient arrive très vite. Plus on vieillit, mois on est raisonnable ! »

Crédit : Gwenaël Cadoret

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